A quel point peut on pardonner?
- therapeutecamille
- il y a 5 jours
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Peinture: Hanaé Cuini
Le pardon est souvent perçu comme un idéal apaisant, une résolution morale de la blessure. Pourtant, sur le plan psychique, il engage un processus profond, parfois conflictuel, où se rejouent des enjeux liés à la culpabilité, à l’agressivité, à la honte et à la perte.
Pardonner, ce n’est pas annuler l’offense ni se réconcilier à tout prix. C’est traverser un espace psychique où coexistent le souvenir de la blessure et le désir, parfois confus, de ne plus y être prisonnier. Dans certains cas, ce processus s’amorce par une mise en mots de la souffrance : nommer la trahison, reconnaître l’effraction intérieure.
Cette première étape est cruciale. Sans elle, le pardon risque de s’édifier sur du déni, et de devenir une forme de soumission ou de confusion des places.
La temporalité psychique est essentielle : certains pardons ne peuvent advenir qu’après un long travail de deuil, de réorganisation interne, voire de reconstruction narcissique. Le moi, souvent ébranlé, doit retrouver une forme de cohésion pour pouvoir se dégager du besoin de revanche ou de réparation externe.
La blessure initiale a parfois ravivé des traces anciennes, archaïques, de sentiments d’abandon, d’humiliation ou de rejet. C’est pourquoi pardonner peut aussi signifier affronter ses propres zones d’ombre : les projections, les illusions perdues, le fantasme d’un autre idéalisé.
Alors, peut-on tout pardonner ?
Il arrive que l’acte soit si destructeur qu’il touche à l’irreprésentable. Dans ces cas, le pardon peut devenir une violence psychique : une manière de se faire taire soi-même pour correspondre à une norme morale ou sociale. Pardonner n’est pas toujours juste. Ni possible.
En thérapie, on rencontre souvent cette tension : le désir de pardonner pour apaiser la douleur, mais aussi la peur que ce pardon ne nie l’ampleur de ce qui a été subi. Le pardon peut alors devenir un lieu de conflit intérieur : entre fidélité à la souffrance et volonté de reprendre le pouvoir sur son récit.
Pardonner peut être un acte d’autonomie psychique, une façon de désinvestir l’objet fautif pour se recentrer. Ce n’est pas un oubli mais une transformation. Dans ce mouvement, le sujet ne cherche plus réparation auprès de l’autre, mais travaille à une réparation interne, souvent silencieuse.
Mais attention : certaines personnes pardonnent trop vite, trop souvent, dans un mouvement répétitif. Ce sont parfois des sujets marqués par une culpabilité archaïque, qui s’excusent de tout, s’accusent d’avoir provoqué l’offense, et cherchent inconsciemment à préserver un lien coûte que coûte. Ici, pardonner est un symptôme : une tentative de rester aimable ou aimée, au détriment de soi.
Et puis, il y a le pardon envers soi-même. Se pardonner suppose de faire face à ses fautes, mais aussi à ses limites humaines. Cela implique de renoncer à l’idéal du moi parfait, d’accepter sa faillibilité. C’est souvent ce pardon-là, intérieur, qui demande le plus de courage : il engage une réconciliation avec des parties honteuses ou clivées du psychisme.
En définitive, le pardon n’est ni une fin en soi, ni un chemin obligé. Il est parfois salvateur, parfois toxique. Il peut soulager ou détruire, selon les contextes. Pardonner n’est pas toujours la bonne solution : savoir ne pas pardonner peut aussi être une façon de se respecter.
Alors jusqu’où peut-on pardonner ? Aussi loin que notre psychisme le permet, et parfois, cela s’arrête à soi.



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